La chambre haute est une anomalie démocratique, dominée par une formation politique dont la candidate a réalisé moins de 5% à la dernière élection présidentielle. Coupée du peuple, elle ne reflète ni sa composition ni ses aspirations. Le Sénat de la Ve République est un prisme déformant, tamis bloquant de la recomposition politique en cours. Il n’a qu’une caractéristique : son inertie.
Mais à quelques mois de l’élection présidentielle, la puissance des secousses qui traversent l’espace politique français est telle que la polarisation transforme la scène close de la haute assemblée. Deux changements sont intervenus dans l’hémicycle immobile : la constitution d’un groupe d’extrême droite, l’entrée historique des insoumis.
La décomposition de la droite dite « républicaine », chaque jour plus acquise au programme xénophobe et pro-MEDEF de Le Pen et Bardella, profite à ces derniers. Le nouveau groupe de 15 sénateurs fachos est dominé par le RN (12 sur 15), un échec pour Ciotti. Le maire de Nice ambitionnait d’y prendre la main. Mais ses candidats ont multiplié les contre-performances comme dans le Tarn ou le Tarn-et-Garonne. Voyons-y la persistance d’un fond de culture gaulliste chez les grands électeurs de droite traditionnelle qui refusent la dérive de leurs dirigeants vers l’extrême droite et stoppe la jonction travaillée au sommet par l’état-major retailliste.
À gauche de l’hémicycle, les seuls gains viennent de la dynamique insoumise. L’élection de Gabriel Amard dans le Rhône et de Marc Péré en Haute-Garonne marquent notre entrée historique au Sénat. Nos victoires se sont construites sur les bases de notre percée aux élections municipales, grâce au travail et à la qualité de nos têtes de liste, de l’appui de Génération.s, surtout en tirant parti de la dynamique de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Au-delà de ce magnifique résultat, partout en France nous réalisons des scores considérables en multipliant par trois, quatre, dix, jusqu’à 25 – en particulier dans les départements ruraux – le nombre de nos voix rapporté à celui des élus insoumis dans les départements.
Nous sommes passés très très près du grand chelem. Chez les Français de l’étranger, il aura manqué 3 voix pour que Martha Peciña devienne sénatrice insoumise. 3 voix, alors que nous présentions une liste pour la première fois. 3 voix alors que les Écologistes en ont jusqu’au bout immobilisé une vingtaine pour nous faire perdre… et faire gagner un siège à la droite. Chapeau les artistes.
La dernière ligne droite de notre campagne fut en effet marquée par la violente offensive de la direction verte pour tenter de nous barrer la route. Nous l’avons vu, elle a largement échoué, en particulier dans le Rhône où la liste pseudo-dissidente de Bruno Bernard, bras droit de Marine Tondelier en matière électorale, pilotée par la direction pour empêcher la victoire de Gabriel Amard, s’est cruellement retournée contre ses concepteurs. Finalement, les écologistes de terrain sont les premières victimes du sectarisme anti-LFI et de la stratégie de division de leur direction. Après la déroute des européennes, la débâcle des municipales, la perte de 3 sièges au Sénat, le bilan de Marine Tondelier continue de s’écrire. Jusqu’à quand ?
De son côté le PS peut faire le bilan de sa ligne « plus jamais avec LFI » : trois sièges perdus, dans la Creuse, en Vendée et dans la Vienne. Quant à son « union » propulsive et attractive avec EELV, elle conduit à l’élimination d’Hélène Geoffroy dans le Rhône. Mais il est vrai que les PS ont l’expérience de la magouille et avaient senti le coup venir. Ils ont ainsi pu répliquer en organisant l’élimination d’une écologiste en Seine-Maritime. L’union coup pour coup.
Un seul accord a vraiment fonctionné pour Olivier Faure, celui passé avec Horizons, le parti d’Édouard Philippe, dans le Bas-Rhin qui permet l’élection d’une sénatrice PS. Ce résultat est une bascule.
Après la liste commune PS-Horizons à la municipale à Strasbourg, les socialistes passent désormais des accords électoraux avec la droite dans une élection nationale. La non-censure a de beaux jours devant elle.
Loin de ces combines qui ne visent qu’à la préservation des payes et des sièges, les Insoumis marchent leur chemin. Seuls contre tous, nous avons atteint notre objectif pour cette bataille. À bon entendeur. Il reste sept mois pour gagner l’élection présidentielle. Aujourd’hui paraît un nouvel horoscope prédisant la qualification de Jean-Luc Mélenchon au second tour dans toutes les hypothèses. Un signe supplémentaire de la dynamique de la gauche de rupture que les élections sénatoriales viennent de confirmer.